Dès ce mardi 11 août, la nouvelle loi anti-démarchage téléphonique entre en vigueur. Le principe change radicalement : fini le consentement présumé, les entreprises devront obtenir un accord explicite avant chaque appel commercial. Mais cette réglementation très attendue comporte des angles morts, notamment face aux escroqueries venues de l’étranger.
Démarchage téléphonique : le passage au consentement explicite
La nouvelle loi anti-démarchage téléphonique bouleverse les règles du jeu. Jusqu’ici, les consommateurs étaient présumés consentants, sauf inscription sur la liste Bloctel. Désormais, l’inverse s’applique : tout appel commercial nécessite un accord écrit et préalable de la personne contactée.
Ce changement de philosophie concerne l’ensemble des secteurs : téléphonie, énergie, rénovation, banque ou assurance. Un professionnel ne pourra plus composer votre numéro sans disposer d’une preuve de votre consentement. En cas de manquement, les sanctions financières s’annoncent dissuasives, avec des amendes pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros.
Une interdiction qui répond à une lassitude massive
Cette interdiction répond à un rejet profond des Français. Selon un sondage de l’Observatoire de la consommation de Que Choisir Ensemble, 97 % des Français se disent agacés par les appels commerciaux non sollicités. Un chiffre qui explique l’urgence législative et l’attente autour de cette réforme.
Les témoignages recueillis auprès des consommateurs illustrent ce ras-le-bol. Mariama confie recevoir cinq à six appels par jour. Mickaël, installé dans les Yvelines, décrit des sollicitations jusqu’à 20 heures, souvent pour vendre des pompes à chaleur ou des contrats d’électricité. Des situations épuisantes qui ont motivé le durcissement de la réglementation.
Les limites de la nouvelle réglementation face aux fraudeurs
Si la loi anti-démarchage représente une avancée pour la prospection légale, elle ne règle pas tout. Les experts appellent à la vigilance. D’abord, les appels frauduleux émanant de l’étranger ne sont pas concernés par cette interdiction. Un escroc basé hors de France n’a que faire du consentement préalable.
Ensuite, le système du consentement pourrait être détourné par des malfaiteurs, comme le souligne Jérémie Schram, expert en cybersécurité chez WatchGuard Technologies. Un fraudeur peut s’appuyer sur ce dispositif pour asseoir sa crédibilité : « Je suis votre banquier, vous avez consenti à un appel tel jour à telle heure ». Une information de plus pour gagner votre confiance.
Le flou des contrats en cours et les nouvelles formes de démarchage
Autre angle mort : les contrats déjà signés. Si vous êtes engagé avec un fournisseur de téléphonie, celui-ci pourra toujours vous appeler pour proposer des services liés à votre contrat actuel. Une zone grise que dénonce Cyrille Cormier, directeur du plaidoyer de Que Choisir Ensemble. Cette souplesse laisse la porte ouverte à des abus, faute de définition claire des limites.
Avec la fin annoncée des appels, les entreprises de prospection risquent aussi de se reporter sur d’autres canaux : e-mails, SMS, réseaux sociaux. Le démarchage ne disparaît pas, il se transforme. Les consommateurs devront donc rester attentifs à ces nouvelles formes de sollicitation.
Les bons réflexes face au démarchage et aux arnaques
- 🔹 Ne donnez jamais d’informations sensibles par téléphone, même si l’interlocuteur semble légitime.
- 🔹 En cas de doute, raccrochez immédiatement et rappelez vous-même votre banquier ou votre fournisseur habituel.
- 🔹 Signalez tout abus sur la plateforme signal-conso pour enrichir les contrôles.
- 🔹 Vérifiez la provenance des numéros et ne rappelez pas un appel en absence inconnu.
- 🔹 Méfiez-vous des offres trop alléchantes en matière d’énergie ou de rénovation, souvent utilisées comme appât.
Cette nouvelle étape marque une avancée contre le démarchage téléphonique, mais la guerre n’est pas finie. Le cadre législatif évolue, les fraudeurs aussi. Ce mardi, la réglementation change la donne pour les acteurs légitimes. Pour les consommateurs, la méfiance reste la meilleure des protections.

Journaliste tech depuis plus de dix ans, Julie a dirigé plusieurs rubriques numériques avant de fonder Actu Net. Elle vulgarise les sujets exigeants sans rien sacrifier à la précision et anime des conférences en école d’ingénieurs.
2 commentaires
Enfin, mais attention aux contournements: les escrocs étrangers ne liront pas la loi.
Enfin un vrai consentement ! Reste à définir une preuve technique fiable et à traquer les appels étrangers.